Interroger le contexte de production

Posté le 4 juin 2014 par Patrick MOUGENET

 

Durant la seconde guerre mondiale, les contraintes contextuelles inhérentes à la situation sont nombreuses. De gros efforts sont réalisés par les Etats belligérants en matière d’information filmée. Fin 1941, ce sont 129 opérateurs soviétiques qui travaillent en permanence dans les zones de combats et tournent plus de cinq millions de mètres de pellicules, soit près de 3 000 heures. Hitler incorpore dans les unités combattantes 450 preneurs de vues qui envoient chaque semaine 12 à 18 h de matériau filmé, soit de 18 à 27 fois la durée finale du montage des Deutsche Wochenschauen. Les négatifs sont ramenés du front par avion. En 1943, près de 200 personnes travaillent dans les bureaux centraux de Berlin où quelques douzaines sont directement impliqués dans la réalisation, le tirage ou le montage.

Et cependant le contexte est difficile, tout particulièrement au début du conflit. Pour des raisons évidentes de mobilisation : la débâcle de l’Armée Rouge en 1941 rend la tâche difficile aux opérateurs chargés de rejoindre leurs unités combattantes. L’organisation est rendue délicate : les matériaux filmés parviennent péniblement à Moscou. Les studios sont rapidement dispersés à l’heure où la capitale est évacuée en octobre 1941 : à Kouibychev, à Novossibirsk dans le sud de la Sibérie occidentale et à Alma-Ata en République socialiste soviétique du Kazakhstan. En 1942, le principal studio central est déménagé à Stalinabad dans la République du Tadjikistan.

De plus les pertes sont nombreuses sur une ligne de front qui bouge vite à l’Est. Côté allemand, ce sont 62 opérateurs qui sont portés morts ou disparus en octobre 1943 et 57 sont blessés.

Des contraintes moins dramatiques sont aussi propres au genre cinématographique qu’est la presse filmée. Catégorie particulière de la production cinématographique, elle possède sa propre histoire, ses propres méthodes de tournage, ses propres réalisateurs[1] et obéit à de véritables « rites de fabrication »[2] :

  • un format imposé : 8 à 10 rubriques comportant des sujets brefs (de 5 secondes à 2 minutes) pour une durée maximale de 12 à 15 minutes (mais jusqu’à 40 minutes dans les Deutsche Wochenschauen sur la guerre à l’Est ou sur « l’invasion » -le débarquement- de Normandie) ;
  • une organisation interne qui juxtapose plusieurs sujets sans rapports entre eux ;
  • une mise en image stéréotypée pour une identification visuelle efficace et rassurante;
  • une parution régulière en salles à intervalles court ;

Ultime contrainte dans sa relation chronologique à l’événement : un temps bref et long à la fois. Il faut en effet au minimum 3 jours pour développer, monter, sonoriser et tirer entre le tournage et la distribution. Parfois beaucoup plus en fonction du circuit de distribution qui passe d’abord dans les grandes villes, puis dans les villages… Une contrainte qui peut générer un décalage supérieur à un mois entre l’événement et sa traduction à l’écran. Les actualités cinématographiques n’informent donc pas. Elles confirment ce que le public a lu dans la presse ou entendu sur les ondes. Composés d’images fortes ou banales, les reportages doivent donc être tournés et montés pour durer s’ils veulent rencontrer un écho favorable.


[1] cf HURET (Marcel), Ciné-Actualités. Histoire de la presse filmée 1895-1980, Henri Veyrier, 1984, 192 p

[2] PUISEUX (Hélène), « Du rite au mythe : les actualités », CinémAction n°65, op. cit., p 96-104

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