Août 1914, une mobilisation « la fleur au fusil » : un mythe relayé par l’image

Dès les premiers jours de la mobilisation en août 1914 se construit une légende, celle d’ « un départ enthousiaste » des mobilisés à la guerre, donnant l’image d’une France nationaliste et revancharde. Il s’agit d’un pur mythe : la nouvelle de la guerre est massivement acceptée avec stupéfaction et résignation dans les campagnes, les bourgades et les petites villes, où vivent alors les trois quarts des Français. Retour en images sur le mythe et sa déconstruction.

Les premières photographies montrant des mobilisés en partance pour le front « la fleur au fusil » paraissent dans la presse dès les jours suivant l’ordre de mobilisation. La scène est immuable : dans les  grandes villes, des soldats en ordre de marche, baïonnette au fusil, arme sur l’épaule droite, avancent sous les vivats de la foule qui se tient de part et d’autre de la chaussée. L’Illustration du 15 août publie un cliché de L. Gimpel légendée « Le départ du régiment. La population parisienne acclame ceux qui vont se battre » ; le commentaire évoque « un souffle de joie et d’enthousiasme qui passe sur le pays ». Les opérateurs d’actualités Gaumont ou Pathé tournent et diffusent de semblables images (muettes) :

 

Ces images  d’actualités (2 août 1914)   seront régulièrement convoquées dans des films de fiction ou dans des documentaires… jusque de nos jours.

Ainsi le documentaire à vocation pédagogique  réalisé en 1957 par Edouard Bruley, Images de la Grande Guerre 1914-1918. Sur les étagères de la plupart des « labos » d’histoire et géographie durant des décennies, réalisé le président de la Société des professeurs d’Histoire,  édité par la Société Nouvelle Pathé Cinéma et diffusé sous forme de cassette VHS par le CNDP,  le documentaire, au format idéal d’utilisation en classe, a contribué à fournir aux élèves des générations d’après-guerre, sous les habits d’un discours mi-scientifique mi-didactique, l’image de soldats et de mobilisés « salués par les acclamations de la foule, rivalisant d’entrain et d’optimisme ».

Mais les fictions s’emparent aussi des mêmes images, à l’instar de Raymond Bernard, dans Les Croix de bois en 1931.

Dès la guerre, des fictions patriotiques furent tournées dans le même sens (Mères françaises, film muet, 1917):

Des films patriotiques produits en masse, sur initiative privée et commerciale, répondent à l’attente du public de l’arrière. Ils reconstruisent les scènes de départ s’éloignant alors de la réalité vécue dans les campagnes, empreinte de tristesse et de résignation… Ainsi L’Angélus de la Victoire, de Léonce Perret (1916) ou Mères françaises de Louis Mercanton et René Hervil (1917) montrent-ils une mobilisation enthousiaste dans des villages français. Ces films contribuent à enraciner le mythe tout en forgeant une image fausse. « S’il ne se passait rien de guerrier à quelque distance du front, il se passait beaucoup de choses dans les imaginations (…). Les petits Bretons de l’époque étaient enfermés dans leur univers : ils en furent brusquement débusqués par l’irruption d’une foule d’images colorées et vibrantes ». La perception du petit Maurice Le Lannou, alors un écolier dans la guerre, n’est pas très éloignée de celle du monde des adultes, une perception entretenue  par les   discours   et  articles ambiants,  les cartes postales,  les chansons, dans les expositions,  les musées … pendant la guerre elle-même, puis dans la presse magazine, les manuels scolaires, les ouvrages universitaires, quasiment jusqu’à ce jour :

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Les raisons pour lesquelles le mythe d’un départ    « la fleur au fusil » s’est construit dès les premiers jours de la mobilisation, puis ancré entre 1914 et 1918, diffusé après la guerre sont plus amplement développées ici :

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La Radio Télévision Suisse (RTS) est récemment revenue sur deux photographie de Jacques Moreau, dont l’une a contribué à forger le mythe, en compagnie de Daniel Wolfromm, co-auteur avec Isabelle Fontanel, de 1914-1918. Nous étions des hommes : Jacques Moreau (CR de Manon Pignot dans Vingtième siècle. Revue d’histoire n°87, 2005/3) et de l’historien Jean-Jacques Becker qui avec sa thèse 1914 : comment les Français sont entrés dans la guerre. Contribution à l’étude de l’opinion publique printemps-été 1914, publiée aux PFNSP en 1977 a définitivement mis fin au mythe susnommé :

Reportage de l’émission Mise au point du 22 juin 2014 visible à partir de ce lien : http://www.rts.ch/video/emissions/mise-au-point/5951338-comme-si-c-etait-hier-la-fleur-au-fusil.html

 

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